Dictionnaire de géopoétique

Eléments puisés dans l’œuvre fondatrice de Kenneth White

Cacotopie

 

 

Définition


Néologisme (du grec cacos, « laid », et topos, « le lieu ») : "Regardez n'importe quelle grande ville moderne, d'une hauteur qui permet d'en avoir une vue d'ensemble. Non seulement elle s'étend comme un cancer, mais quel bric-à-brac, quelle absence de coordonnées. On peut voir ici ou là une construction intéressante, mais perdue dans la masse. Dans chaque ville, cinquante administrations différentes élaborent chacune ses plans. Ce que l'on constate en fin de compte, c'est un monde sans univers, une civilisation sans culture, mais avec une production pseudo-culturelle croissante. En un mot, c'est une cacotopie, pleine de bruits divers et de couleurs criardes", Latitudes n°4, p. 9.

 

voir Médiocratie

 

Principales occurrences

AT, p. 13, p. 14, p. 16 ; PA, p. 92 ; Géographie et Sciences humaines, Latitudes n°4, p. 9 ; Latitudes n°6, p. 39 ;ALH, Chap I, p. 65-77, p. 273

 

Citations

"Au-delà des nuisances, il y a l'énorme ennui de la vie urbaine moderne, un enlisement, un aveulissement, que cache mal un défoulement ponctuel (« la fête »). Un historien de la culture des villes, Lewis Mumford, appelle tout cet ensemble une cacotopie", AT, p. 13.

"Nous vivons - si nous n'avons un refuge quelque part - dans une cacotopie cacophonique quotidienne, nous subissons une avalanche perpétuelle de clichés sonores. Et dans cette ambiance sonore perpétuelle, non seulement on n’arrive pas à écouter sa pensée, mais on n’arrive pas à penser du tout", PA, p. 92.

"Disons, pour résumer que notre vie sociale se situe dans une cacotopie marquée par un amorphisme généralisé, un gadgétisme grandissant, et un étiolement concomitant des esprits. Dans la vacance laissée par une pensée qui n'ose plus penser, une pensée pasteurisée, s'engouffrent toutes sortes de théosophies, de spiritualismes et d'occultismes. Pour résumer encore plus brièvement, en l'espace de deux mille ans, nous sommes allés de Dionysos à Disneyland", extrait du discours inaugural de la 25ème Biennale de Poésie, Liège, 2007.

 

Commentaires

Expression due à Lewis Mumford (1895-1990) qui fut un historien américain des sciences et techniques et qui développa une approche très critique du modernisme. On lui doit notamment une Histoire des Utopies (1922).

 

Cheminement critique

Michèle DUCLOS commente le terme en le situant dans le mouvement plus vaste de l'œuvre : " […] Cette terre, si maltraitée par notre civilisation depuis des millénaires, si négligée par notre spiritualité et à laquelle nous devons revenir pour sortir de la cacotopie...", MOKW, p. 43 ; "Il [Kenneth White] poursuit son travail d'observateur et mène son combat en « nomadisant » et en approfondissant son « champ général » en quête d'une solution pour sortir de la « cacotopie » occidentale ; ce champ s'appelle désormais la géopoétique*", KW, p. 126. " La géopoétique postule une ontologie, une anthropologie, voire une esthétique autres, pour sortir la culture occidentale d’une « cacotopie » (ainsi White dénomme-t-il l’état ultime de notre culture dichotomisée entre « élitisme creux et vulgarité crasse ») ", HKW, p. 18. 

 

 

 

Cahiers de géopoétique

 

Définition

Revue de l'Institut international de géopoétique*.

"La revue de l'Institut international de géopoétique, les Cahiers de géopoétique, n'est ni une revue littéraire, ni une revue poétique. Son but est d'ouvrir un espace, de préparer un terrain sur lequel de nouvelles expressions peuvent avoir lieu", LCGT, p. 75.

 

voir Institut international de géopoétique, Texte inaugural

 

Principales occurrences

LCGT, p. 75 ; SP, p. 210 ; Cahiers de Géopoétique, n°1 à 6 ; Cahiers de Géopoétique Série Colloques : Géographie de la Culture - espace, existence, expression (1991) ; L’Autre Amérique (1992) ; Géopoétique et arts plastiques (1999)

 

Citations

Extrait de la quatrième de couverture des Cahiers : "Un monde*, c'est ce qui émerge du rapport entre l'homme et la terre. Quand ce rapport est sensible, intelligent, complexe, le monde est monde au sens profond du mot : un bel espace où vivre pleinement. L'ambition des Cahiers de géopoétique est de dresser, d'un point de vue qui ne soit pas seulement celui de l'Homme, une magna mundi carta : une grande carte*, une grande charte du monde".

 

Commentaires

Dans une interview, Kenneth White a précisé le rôle que jouait la revue au sein de l’Institut (LCGT, p. 76) : « Les textes puissamment géopoétiques sont, pour le moment, rares. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai décidé, en tant que directeur, d’espacer la parution des Cahiers. Un bon corpus existe déjà. Il ne s’agit pas d’aligner des numéros avec de la matière inférieure à ce corpus-là ».

On trouvera sur le site de l'Institut international de géopoétique les sommaires des numéros parus des Cahiers de Géopoétique ainsi que des liens menant à des articles.

 

 

 

Carte, Cartomanie

 

Définition

 

Le terme de cartomanie est déjà utilisé dans le vocabulaire de la prestidigitation pour désigner certains tours de cartes.

 

Pour White, la cartomanie désigne : "L'étude extatique, la contemplation esthétique des cartes, surtout, mais pas exclusivement, anciennes (portulans, etc.)", Lexique géopoétique, Poésie 98, Octobre, n°74, p. 16.

 

voir Territoire

 

Principales occurrences

A, p. 201 ; ADL, p. 97 ; AT, p. 41-42 ; CG, p. 40 ; DEN, p. 37 ; EN, p. 17, p. 199, p. 244, p. 258, p. 265, p. 275-277 ; LAH, p. 22 ; LCGT, p. 21, p. 102 ; LM, p. 51, p. 133 ; LP, p. 112 ; PA, p. 127, p. 314 ; PC, p. 13, p. 22, p. 185 ; PE, p. 27, p. 95, p. 247 ; RBL, p. 81 ; CG, Géopoétique et Arts plastiques, p. 12 ;ALH, p. 255-257, p. 331

Citations

" […] élaborant ma propre cartographie / alliée à une idée large et haute de la poésie", LM, p. 51.

"Une carte est un système. Comme dit le logicien, elle n'est jamais le territoire* - mais elle peut le suggérer, elle peut nous y initier et nous permettre de le dépasser (pour aller vers les abstractions vivantes). Et chaque langue, bien sûr, est une carte. La carte, jamais terminée, d'un monde* en émergence", PA, p. 314.

"A Pau, ma « cellule cartésienne, s'était élargie pour devenir une « salle des cartes ». J'ai déjà évoqué les cartes épinglées sur les murs de ma chambre : carte des sommets et des vallées, cartes du golfe de Gascogne… La carte, et c'est en cela qu'elle m'intéressait, était une lecture à distance du territoire*, un relevé de ses traits essentiels. Mais à l'intérieur de cette lecture générale, je voulais introduire des lettres (carta – « lettre », en espagnol) qui disent les choses d'une façon plus concentrée : la présence élémentaire du paysage, la pensée même du paysage…", LAH, p. 22.

"On établit des cartes pour mieux explorer le territoire. Autrement, on oscille entre le goût un peu pâteux du terroir et un besoin frénétique de déterritorialisation. On marque les limites et les frontières, momentanément, afin de pouvoir aller plus loin, pour ne pas tourner en rond. Définir les choses, ce n’est pas les borner, c’est préparer un terrain de décollage. Et puis le monde ouvert* n’est pas un espace imaginaire, c’est un réel qui s’ouvre, territoire après territoire, ligne après ligne : l’inconnu se fait connaître pas à pas […] J'avance dans le territoire, avec à la main, ou du moins dans la poche, des cartes toujours renouvelées. Il y a mise à jour permanente", LCGT, p. 21.

 

Commentaires

Voir les développements de White sur la cartographie : EN, p. 275-277 ; KW, Géométrie, Géographie, Géopoétique, Latitudes n°4, L'atelier du Héron, 2006, p. 21 et 22.

Métaphoriquement, White a souvent considéré son œuvre comme un travail de cartographie : "C'est dire que mon essai n'est pas une référence à l'œuvre complète de X ou Y. Il voyage dans cette œuvre complète, mais c'est pour faire une carte qui existe en soi et qui fait partie de la cartographie générale que je développe dans les essais. Je ne fais pas œuvre de critique, sauf en passant, je n'établis pas un système de savoir, je rassemble les éléments d'un monde venus d'horizons divers, je fais œuvre de cartographe ou de cosmographe", LP, p. 112.

Notons aussi que White collectionne les cartes anciennes. A ce sujet se rapporter au poème Carta rarissima, PE, p. 95.

 

Cheminement critique

La carte. Point de vue sur le monde, Rachel BOUVET, Hélène GUY et Eric WADDELL (dir.), actes du colloque organisé par La Traversée à Québec (du 12 au 15 avril 2007), Mémoire d'encrier, Montréal, 2008.
Voir aussi sur notre site Predrag MATVEJEVITCH : Cartographies et Jean-Pierre PINOT : La projection panocéanique : poétique d'une cartographie

 

 

Celtaoïste

 

Définition

 

Néologisme.

 

Mot-valise qui désigne le rapprochement transculturel entre la celtitude* et le taoïsme : "J'ai commencé par vouloir établir un parallèle entre le bouddhisme et le celtisme, ou plutôt, j'ai voulu marcher à travers le paysage celte à la lumière du zen* - ce qui signifie à la fois dézennifier le zen et déceltiser le paysage celte pour arriver à quelque chose d’inédit, par un processus d’hybridation. Un peu comme ce mariage très réussi entre le sapin écossais et le mélèze japonais que l’on trouve dans les forêts des Hautes Terres", FD, p. 233.

 

voir Celtitude, Euramérasie, Séminaire Orient-Occident, Zen

 

Principales occurrences

Ec Br, p. 143 ; EB, p. 39 ; EGC, p. 7 ; FD, p. 206 ; p. 233 ; LO, p. 46 ; MM, p. 202


Citations

"Au fond, je suis celtaoïste", EGC, p.7.

"Je faisais des synthèses abruptes, en parlant, par exemple, de celtaoïsme. Je faisais des transpositions, des translations d'un monde à l'autre", EB, p. 39.

"J'ai longtemps imaginé quelque chose de semblable : une Asie de l'esprit, une maison atlantique* celtaoïste", LO, p. 46.

"On pense aussi à Powys au pays de Galles, se voulant celto-taoïste, tendant une main à Taliesin, l'autre à Tchouang-tseu", FD, p. 206.

 

Commentaires

White affectionne les rapprochements surprenants parfois extravagants mais au-delà de ce qui peut passer pour un simple jeu de mots se dissimule une volonté de voir tout un champ de correspondances et des affinités électives entre des cultures et des courants de pensée a priori éloignés : "Devant les stèles de Chine, Segalen ne pouvait pas ne pas songer aux pierres levées de son pays natal. Et d'autres correspondances ont dû surgir dans son esprit. Si la Bretagne était une enclave de la France, n'était-elle pas encore plus un extrême promontoire de l'Asie ? N'est-ce pas la Celtie qui, en Europe, a gardé le plus de traces de l' « Asie large espace » ?", VSB, p. 28.

Cf., Eloge de la grande celtitude, 1988 (repris dans Ec Br, dans le dernier chapitre : Sur une grève du Nord et dans AL).

Voir aussi le chapitre Un celte en Asie, dans La Figure du dehors, p. 198-211.

 

Cheminement critique

Marie-Luise LATSCH, Kenneth White et la pensée taoïste, KWG, p. 95-109 ; Régis POULET, Kenneth White et les religions asiatiques : un nietzschéen dans la bergerie, Revue des Ressources, novembre 2005.

 

 

Celtitude

 

Définitions

 

Identité celte : "[…] si je m'intéresse à la culture celte, si je me suis engagé dans une exploration du territoire* celte, c'est parce que le celtisme, ou disons mieux le champ euro-celte, en dehors de toute celtomanie et je dirais aussi en dehors de toute celtitude, me semble offrir des perspectives qui peuvent inspirer nos recherches aujourd'hui, contribuer à la réalisation de notre désir, nous aider à retrouver le monde", IIIème millénaire, n°3, p. 24.

 

"Un terme comme « celtitude » me semble trop lourd, trop collant […] Je pense en terme de « monde blanc* » plutôt que de celtitude. Le monde blanc est au centre de la culture celte, la celtitude est une notion socio-politique moderne, une attitude de défense, tout le contraire d'un élan originel", PC, p. 77.

 

voir celtaoïste, Monde blanc

 

Principales occurrences

CGP, p. 23 ; Ec Br, p. 140, p. 142 ; EGC, p. 5 ; FD, p. 17 ; PA, p. 14 ; PC, p. 77-78, p. 110 ; RBL, p. 82 ; SP, p. 155 ; VSB, p. 40 ; IIIème mill, n°3, p. 24 ; Géo, n°61, mars 1984, p. 39


Citations

"L'intérêt du celtisme, c'est sa force fertilisante, et non pas une quelconque « celtitude »", FD, p. 17.

"Ce que j'appelle la grande celtitude, c'est un exil, une anabase, une poétique du monde* […]", EGC, p. 5.

"Foucault tombe là dans le poncif légendaire et fantastique qui est supposé caractériser la « celtitude » et dans le genre de poésie tout à fait secondaire qui guette les philosophes quand ils se décident à sortir des limites de leur discipline", VSB, p. 40.

"J'ai toujours parlé de « celtisme », mais on m'a présenté comme un porte-parole de la « celtitude » et, en tant que tel, ennemi de la culture gréco-latine, porte-drapeau de l'idée d'une race celte, alors que je n'ai jamais parlé que de pensée et de poétique et, sur le plan anthropologique, d'un groupement de peuples portant une même culture", extrait du discours de réception du Prix Breizh, 2006.

 

Commentaires

Dans une interview au magazine Lire, White prévient : "« Celtitude » est un mot qui ne fait pas partie de mon vocabulaire - trop flou, trop confus, comme l'esprit de la plupart des gens qui s'en servent", PC, p. 110. Il précise son propos dans un article consacré à la Bretagne : "En me voyant m'établir en Bretagne, certaines personnes insinuaient que le « nomade » était en train de devenir sédentaire. Et pour d'autres, il était évident que, celte d'origine, je revenais à mes sources, je m'installais dans la celtitude. Je ne me donnais pas la peine de démentir. Il faut parfois laisser jaser. Enfin, mon manque d'intérêt pour un terme aussi général et fourre-tout que « celtitude » ne m'a pas empêché de donner à ma nouvelle demeure le nom de Gwenved, « monde blanc* », qui est un terme très chargé dans l'ancienne culture celte", Géo, n°61, mars 1984, p. 39.

En 1988, Kenneth White a consacré un court essai à ce qu’il nomme la "grande celtitude" (Eloge de la grande celtitude, repris dans Ec Br et AL).

 

Cheminement critique

Pierre JAMET, LGOKW, p. 456-460 ; Michèle DUCLOS, KW, p. 80-85.

 

 

Champ blanc

 

Définition

 

"Dans mon vocabulaire à moi, le monde blanc*, et là je parlais du monde blanc celte, ce qu'on appelle en gallois et en gaélique « Le champ blanc » ou le « monde blanc », dans mon vocabulaire à moi, le monde blanc signifie aussi tout ce monde blanc du Nord, qui va du Nord de l'Amérique d’un côté jusqu’au Nord de l’Asie, en passant par la Sibérie", Cosmose, p. 80.

 

voir Champ du grand travail, Chemin etroit vers le Nord profond, Euramerasie, Monde blanc

 

Principales occurrences

A, p. 123, p. 133, p. 222 ; AT, p. 89 ; FD, p. 211 ; Cosmose, p. 80



Citations

"A côté de la masse « humaine » (trop humaine) et bariolée de la « littérature », il existe, depuis quelques années déjà, un champ blanc où se poursuit, loin des arènes bavardes, un « travail inhumain ». Ce champ blanc n’est pourtant pas homogène, et si les « horribles travailleurs » du champ peuvent se reconnaître entre eux, il n’en reste pas moins que les différences plus ou moins subtiles importent tout autant que les ressemblances. Dans le blanc, il faut savoir distinguer », AT, p. 89.

"A l'est / le soleil levant / au sud / les landes rouges / à l'ouest / le grand rivage* / au nord / les champs blancs", A, p. 133 (et la note humoristique qui s'y rapporte : "Le « Champ blanc » existe topographiquement, tout près de chez moi (il y a parfois de ces coïncidences...)", A, p. 222).

"A huit kilomètres de la ville / se trouve un lieu-dit / le Champ blanc", A, p. 123.

"Et confronté à ce « monde blanc* » auquel touche Segalen, il se rappellera, avec un frisson de reconnaissance peut-être, que le « paradis » celte, c'est à dire le champ de la vie portée à sa plus haute intensité, s'appelle en gallois gwenved (monde blanc*) et en gaélique finn mag (champ blanc)", FD, p. 211.

 

Commentaires

La dernière section d'Une Apocalypse tranquille s'intitule Le Champ blanc et comprend le texte : La culture des oignons dans les champs du Nord, AT, p. 212.

 

Cheminement critique

Robert BRECHON : "J'imagine Kenneth White et Fernando Pessoa se rencontrant au bout de leur double navigation en sens contraire et poursuivant leur route ensemble, « d'île en île », jusqu'à celle où se trouve le « champ blanc » qui est à l'horizon de leur commun désir", Rivages, p. 71. Voir aussi, KW, p. 34.

 

 

Champ du grand travail

 

Définitions

 

"Ce que j'entends par « grand travail » ? D’abord, la continuation de la « culturanalyse* » qu'a commencée Nietzsche. Ensuite, les efforts à fournir pour arriver à un « champ » au-delà des cloisons qui se sont établies entre la poésie, la pensée et la science. Et puis encore, à l'intérieur de ce champ, ce qu'il faut faire pour arriver à l'expression de ce que la tradition chinoise a appelé ta wo (le grand moi, tout le contraire du petit ego mégalomane) et de ce que la tradition occidentale appelle homo maximus", PC, p. 166.

 

"Le dehors rencontre le dedans quand l'être humain est conçu comme un système ouvert. Il faut, bien sûr, activer le système. En se mouvant dans le monde, qui est lui aussi un système ouvert. Il faut ensuite trouver un langage qui ne soit pas seulement une communication inter-humaine, mais une communication entre soi et l'univers. C'est tout cela que j'appelle le champ du grand travail", LCGT, p. 124.

 

voir Champ blanc, Conscience cosmique, Cosmoculture, Culturanalyse

 

Principales occurrences

CGP, p. 13, p. 28 ; EB, p. 83, p. 91 ; EGC, p. 16 ; EN, p. 71, p. 289 ; LCGT, p. 13, p. 15, p. 124 ; PA, p. 187, p. 196 ; PAN, p. 189 ; PC, p. 118, p. 166 ; RB, p. 210 ; SP, p. 175, p. 198, p. 211, p. 234 ; p. 237 ; Lettre au Ciret, Bulletin n°2, juin 1994 ; Lettres du Ponant, Terre de Brume, p. 171 ; ALH, p. 124 ; PG, p. 90, p. 94



Citations

"Tout cela n’est guère facile. Créer un nouveau texte, un nouveau contexte, à partir de tous ces éléments, établir une cartographie et donner la sensation d'un terrain l'est encore moins. C'est pourtant là le champ du grand travail", SP, p. 175.

"Ce qui est certain, c'est que c'est un tel « champ de travail nouveau » qui me préoccupe", EGC, p. 16.

"Peut-on sortir maintenant de cette « longue nuit » ? C'est possible - si nous avons fait assez de travail dans un champ qui n'est ni du ressort de la « pensée », ni de celui de la « foi ». Le champ du grand travail. Une sorte de Labrador", RB, p. 210.

"La pensée quitte le laboratoire pour le « champ du grand travail », abandonne les instruments pour s'abandonner de nouveau sur les voies ouvertes de l'intuition, en vue d'un monde à vivre et à dire", EN, p. 71.

"En littérature, soit on se rue vers les mangeoires et les râteliers, soit on essaie d'ouvrir, de maintenir ouvert, un grand champ. Toutes mes affinités électives évoluent dans ce grand champ", Lettres du Ponant, Terre de Brume, p. 171.

"Il y a une douzaine d'années, je voyageais le long de la côte nord du Saint-Laurent, en direction du Labrador, un espace qui me fascinait depuis longtemps, non seulement comme espace géographique, mais comme un champ de travail (« le champ du grand travail ») - dans le mot même je lisais laborare et adorare", PAN, p. 189.

"Le grand travail ne se fait plus que dans l'isolement, en quelque sorte, au-delà de la littérature", LCGT, p. 13.

 

Commentaires

Le mot champ est très présent dans la langue de White (Champ ouvert, Champ d'énergie, Champ blanc*, Champ matriciel*...). C'est à travers l'expression "Champ du grand travail" qu'il trouve sa résonance la plus forte.

On pourra se référer à la quatrième partie d’Une Stratégie paradoxale intitulée Le Champ du grand travail, p. 167-252.

Le Champ du grand travail : c'est le titre également d'un recueil d'entretiens paru en 2002 (Entretiens avec Claude FINTZ, Didier Devillez Editeur, 2002).

 

Cheminement critique

Georges AMAR : "Quel « grand travail » pourrait nous ouvrir une voie nouvelle, qui fasse tenir ensemble, sans en oublier aucun, science, art, économie, technique, éthique ? Sans doute pas la recherche d'une théorie unitaire, vite devenue pseudo-mythe ou doctrine totalitaire", CG, n°3, p. 10.

 

 

Chaosmos, Chaos-Cosmos,

Cosmochaos

 

Définitions

 

Néologisme (du grec, khaos, littéralement « faille, béance » et cosmos, l'univers).

 

"Si « monde* » signifie le modèle fixe de perception et d'existence auquel le non-poète s'adapte plus ou moins pathologiquement, le poète vit et pense dans un chaos-cosmos, un chaosmos, toujours inachevé, qui est le produit de sa rencontre immédiate avec la terre et avec les choses de la terre, perçues non comme des objets, mais comme des présences", FD, p. 53.

 

"Pour Plotin [...] eros est ce qui pousse vers la purification, ce qui tend vers la libération de l'esprit, ce qui mène à la réalisation du soi [...] ce qui conduit vers un contact direct avec la lumière, vers une densité spirituelle (cette lumière et cette densité étant figurées dans The Most Difficult Area* par le quarz rose) [...] l'itinéraire d'un soi vers son sommet, dans un mouvement qui comprend à la fois eros et logos [...] dans un paysage où se manifeste un chaos-cosmos", in OSG, p. 173 (traduit et cité par Michèle Duclos, KW, p. 27).

 

voir Aire la plus difficile, Chaoticisme, Erotocosmologie

 

Principales occurrences

AT, p. 219 ; DEN, p. 22 ; EN, p. 196, p. 232 ; FD, p. 53, p. 131 ; FE, p. 54 ; H, p. 118 ; LM, p. 69 ; MAA, p. 81 ; PA, p. 121 ; PC, p. 71 ; RB, p. 91 ; RS, p. 39 ; SP, p. 126 ; STPV, p. 30 ; CG, n°4, p. 23 ; In'hui, p. 9 ;ALH, p. 289 ; PG, p. 85 ; Lisières, p. 24


Citations

"Je vais donc ainsi, chaos-cosmiquement, d'un roman écossais (Le Maître de Ballantrae, La Maison aux volets verts…) à un dictionnaire chinois, de là à une carte du Transcaspien…", FD, p. 131.

"Le Passage du Nord-Ouest. Je feuillette les pages du livre. Le genre de pensée chaos-cosmique que j'aime. Je l’achète et me réfugie dans un café pour le lire", RB, p. 91.

"Peu importe, de toute façon, qu'il soit question de littérature ou de sculpture, avant tout il s'agit d'approfondissement et d'expansion, il s'agit d'expérimenter, pas à pas, passage après passage, la sensation de la vie sur terre, d'exprimer une conception du monde, et d'indiquer le rapport le plus dense, le plus subtil possible entre l'esprit humain et le chaosmos. C'est tout cela qui est en jeu dans l'art plastique géopoétique*", PA, p. 121.

"Pendant que je dégustais mon café / (tout un fatras d’histoire dans le dos) / je suivais d'un regard apaisé / le poème cosmochaotique / que les vagues bleues calligraphiaient", RS, p. 39.

 

Commentaires

James Joyce a forgé le terme dans Finnegans Wake (1939), une des références poétiques majeures pour White (cf. AT, p. 150) : « O parce que, Soferim Bebel, s’il faut tout dire pour en arriver là, (et la rumeur mansarde va le crier sur les toits de façon non moins rembrunie que l’inscription sur le mur aux passants de la grand’rue) chaque personne, lieu, et chose appartenant au Tout de ce Chaosmos et relié en quelque façon à cette turquerie picaresque se meut et change à chaque instant du temps […]», James JOYCE, Finnegans Wake, traduction de Philippe Lavergne, Gallimard Folio, Paris, 2010, p. 187.

 

Cheminement critique

"Il n'est pas accidentel que simultanément et en toute indépendance Edgar Morin et Kenneth White traduisent par le mot-valise « chaosmos » le dépassement ontologique de l'ordre et du désordre qui caractérise la cosmologie postquantique", Michèle DUCLOS, KW, p. 242. Voir aussi MOKW, p. 54.

 

 

Chaoticisme

 

Définitions

 

Néologisme (du grec, khaos, littéralement « faille, béance »).

 

"Dans toutes les cosmogonies, le chaos précède le cosmos (bel ensemble ordonné) et, pour se renouveler, le cosmos doit s'y replonger de temps en temps. Le romantisme est « chaotique » par rapport au classicisme. La géopoétique* n'est ni une cosmogonie ni un romantisme. Pour elle, le cosmos lui-même est chaotique. Elle travaille dans le chaos-cosmos, le chaosmos*. Dans la cosmologie du XXème siècle, le chaos revient au galop : ordre dans le désordre, désordre dans l'ordre. Ce qui fut chez White une intuition poétique rejoint donc les travaux scientifiques les plus récents. Voir, par exemple, « Le manifeste chaoticiste », in Atlantica", Lexique géopoétique, Poésie 98, Octobre, n°74, p. 17.

 

"J'ai utilisé ce mot de « chaoticisme » pour la première fois en 1967, dans Le Grand Rivage*. Il s'agit d'un ordre dans le désordre, un ordre ouvert, dansant qui contient le chaos", Rivages, p. 18.

 

voir Chaosmos

 

Principales occurrences

A, p. 7, p. 125, p. 173, p. 222 ; AT, p. 17 ; DD, p. 28 ; DEN, p. 42 ; EB, p. 95 ; EN, p. 272, p. 274 ; H. p. 111 ; LCGT, p. 132 ; LP, p. 12 ; MAA, p. 159 ; PA, p. 51 ; RB, p. 93 ; RS, p. 269 ; TD, p. 258 ; Goéland, Atlantique Nord, N°1, Print. 2003, p. 15 ; Poésie 98, Octobre, n°74, p. 17 ; Rivages, p. 18 ;ALH, p. 272 ; PG, p. 107


Citations

" « Qu’est-ce que le chaoticisme, monsieur White ? » Un besoin de mots qui transmettent énergie et espace. Le bond dans une autre logique. Eroto-cosmologie*", RB, p. 93.

"J’ai parlé aussi du « chaoticisme » - la pensée d’une danse difficile entre chaos et cosmos", Goéland, Atlantique Nord, N°1, Printemps 2003, p. 15.

"Je préfère parler […] de chaoticisme. Ce qui est en jeu, c'est une sensation d'univers. Il s'agit [...] de prendre conscience de l'agrandissement et de la singularisation de notre univers-multivers*, [...] d'entretenir un sens de l'immensité et de l'incommensurable (sans la frayeur de Pascal), un sens de la relativité et de la topologie", EN, p. 274.

"Il s'agit, en gros, de l'ordre dans le désordre, ou de quelque cohérence inédite dans le champ anarchique", A, p. 222.

"J'aime aussi briser un texte, que ce ne soit pas toujours le même qui parle ; ça fait partie du chaoticisme !", Rivages, p. 18.

 

Commentaires

Dans Géopoétique et sciences humaines, White précise que le terme chaoticisme a été créé "bien avant l’engouement socioculturel pour « le chaos »", Latitudes n°6, p. 30.

Dans les notes à la réédition de Terre de Diamant, Kenneth White raconte cette anecdote digne d'un koan zen* : "Un jour, quelqu'un m'a arrêté dans la rue à Paris en me disant : "Qu'est-ce que le chaoticisme, monsieur White ?" Ce jour là j'avais répondu, avec un rire : "Le chaoticisme, c'est moi !" Une réponse plus théorique, plus objective serait sûrement possible. Mais, en fait, dans le chaoticisme, il n'y a ni sujet ni objet, ni réalisme ni idéalisme. Quoi alors ? Oh là là, ça n'a pas vraiment de nom. C'est pour cela que j'invente des mots fous et que j'écris des poèmes", TD, p. 258. Voir dans Atlantica le poème : Le manifeste chaoticiste (A, p. 173) et le chapitre de l’EN intitulé Cosmologie chaoticiste, p. 272.

 

Cheminement critique

Olivier DELBARD : "C'est tout le sens du néologisme « chaoticisme » : cette réalité chaotique première est la source même de la cohérence du monde ; c'est du lumineux chaos des éléments que surgit la cohérence primordiale donnant sens à la présence de l'homme au monde", LKW, p. 261. Voir aussi ADKW, p. 58 ; LKW, p. 30, p. 261 ; KW, p. 242, p. 247 ; MOKW, p. 61.

 

 

Chemin étroit vers le Nord profond

 

Définition

 

Référence à l'ouvrage de Matsuo Bashō, Oku no hosomichi, Le Chemin étroit vers le Nord profond : "J'éprouve d'ailleurs beaucoup de réticences à nommer cet autre espace vers lequel je tends. Quelquefois, j'utilise volontairement des termes géographiques : l'Asie, le Labrador, le « chemin du nord profond »... Ce ne sont bien sûr que des métaphores, car ce tertium quid demeure difficile à cerner...", PC, p. 131.

 

voir Haïkuité, Haïkulturel, Hyperboréen, Promenade-haïku, Zen

 

Principales occurrences

CS, p. 54, p. 58 ; EB, p. 75 ; EN, p. 265 ; LG (1986), p. 19 ; PA, p. 109 ; PC, p. 131 ; RB, p. 143, p. 209 ; RC, p. 10 ; TD, p. 262


Citations

"Bashō pense aux voyages qu'il a relatés dans ces merveilleux petits livres que sont Nozarishi Kikō (Dussent blanchir mes os), Kashimo Kikō (Notes d'un voyage à Kashimo), Oi no Kobumi (le Carnet de la hotte), Sarashina Kikō (Notes d'un voyage à Sarashina) et, surtout Oku no hosomichi (le Chemin étroit vers le Nord profond). Et, assis là, dans l'ermitage de Genjū, il regarde sa vie", RB, p. 143.

"Ces signes bleus me remettent sur le chemin profond", RB, p. 209.

"J'ai plaisir aussi à citer ces lignes qui se trouvent au début de son Oku no Hosomichi (« le Chemin étroit vers le Nord profond ») : « Un grand nombre des anciens sont morts sur la route. Moi aussi je suis tenté par le vent. En ce moment je rêve de la pleine lune se levant sur les îles de Matsushima »", TD (Grasset), p. 262.

 

Commentaires

Jean-Clarence Lambert a établi la filiation qui existe entre Bashō et White : "Ton Nord a de plus en plus tiré vers l'Orient extrême. Si bien qu'on peut finalement te décrire, toi fils d'un cheminot de Glasgow, comme une façon de Bashō d'aujourd'hui, un Bashō des grandes villes, et donner à ton œuvre ce même titre (ou sous-titre) de Sentier Etroit Vers le Nord Profond qui appartient à notre merveilleux maître du haïkaï, qui s'appela successivement Kinsaku, Toshichiro, Chuemon, Sobo, Tosei avant de s'arrêter, en 1680, à Bashō, c'est à dire Banane", In'hui, p. 28.

 

Cheminement critique

"White décide de partir pour le Japon à l'automne 1985 : ce voyage qu'il décide de commencer à Tokyo pour aller jusqu'à la pointe du Hokkaido constitue le récit des Cygnes Sauvages. Ce voyage est d'abord pour lui un pèlerinage : sa motivation première est de suivre les pas de Matsuo Bashō qui partit pour les « régions du Nord » en 1689, cinq ans avant sa mort. Bashō, déjà affaibli, partit donc à l'âge de quarante-cinq ans vers le Nord, c'est à dire à son époque le Nord de Honshu, ce qui constitue aujourd'hui la province d'Aomori. Ce dernier grand voyage fut également pour lui un pèlerinage : il voulait en effet visiter les lieux parcourus des siècles plus tôt par Saigyô, puis Sôgi. Ce voyage d'une durée de cinq mois a été consigné par Bashô sous forme de récit parsemé de haïkus, et Oku-no-Hosomichi, « La sente étroite du Nord profond », est sans aucun doute l'écrit le plus important de Bashō", Olivier DELBARD, LKW, p. 98.

Le Chemin du Nord profond, c'est aussi le titre d'un film tourné avec François Reichenbach, retraçant le périple japonais de White (cf. Magazine littéraire, Spécial Japon, n° 216-217, mars 1985, p. 69). A ce sujet voir Olivier DELBARD, Les « signes sauvages » du Japon, MOKW, p. 210. Voir aussi KW, p. 182-186, p. 202 ; LKW, p. 96-107.

 

 

 

Conscience cosmique

 

Définitions

 

"C'est pour cela qu'un certain orient, qu'une certaine culture amérindienne m'intéressent… car ce que nous avons perdu, c'est peut-être la conscience cosmique. Nous vivons avec une conscience personnelle, enfermée sur elle-même, qui a besoin d'une extase, d'une transcendance verticale pour sortir de soi. Par rapport à cette conscience personnelle angoissée qui a besoin, soit de se socialiser, pour sentir une espèce d'humanitarisme, soit de se verticaliser dans un transcendantalisme, j'essaie de pratiquer une conscience qui dépasse la personne, de sorte que l'on ne vit pas avec une conscience de sa personne séparée des autres et du monde, mais dans la sensation d'une présence plénière", Fanal, p. 8.

 

"Et la conscience cosmique, où il n'y a pas de séparation entre le moi et le monde, entre la res extensa et la res cogitans, mais une expérience continue", Au pays du silence, 1982, préface, p. 8.

 

voir Cosmoculture, Mahamudra, Philocosmisme, Psychocosmique, Psycho-cosmogramme

 

Principales occurrences

AT, p. 42, p. 110, p. 146 ; CG, p. 60 ; DD, p. 20 ; Ec, p. 12 ; EN, p. 126, p. 141, p. 154 ; LI, p. 97 ; LP, p. 46 ; PA, p. 235 ; PC, p. 57, p. 99, p. 152, p. 187 ; RC, p. 147 ; SP, p. 116 ; VVE, p. 195 ; Cosmose, n°10/11, p. 67, p. 73 ; Fanal, p. 8 ; Au pays du silence, 1982, preface, p. 8 ; T. Hardy, Loin de la foule déchaînée, préface, p. 8 ;ALH, p. 341 


Citations

"C'est cet élargissement de la conscience dont je parlais tout à l'heure, conscience cosmique disons, et c'est ça le travail que j'entreprenais : un élargissement de la conscience" ; "Culture planétaire et conscience cosmique, je crois qu'avec ça, avec ces deux notions on arrive un tout petit peu à définir ce que j'entends par nomadisme intellectuel* qui est un grand poème, un grand champ", Cosmose, printemps 80, n° 10-11, p. 67 et 73.

"A partir de la matière du monde, et de la matière du langage, inséparables l'un de l'autre, à partir de ce que Bachelard appelle l'imagination matérielle, nous allons à une conscience cosmique, « délivrés du chaos microscopique humain » et de ses concepts étroits", EN, p. 126.

"Et la conscience cosmique, où il n'a y pas de séparation entre le moi et le monde, mais une expérience continue", AT, p. 42.

"Dans mes propres développements, j'avais moi-même pris mes distances vis-à-vis de l'Être ou du Sujet, et si la question de la « totalité » continuait à m'intéresser (notamment du côté de la « conscience cosmique » de certains poètes et de la cosmologie relativiste et quantique), ce n'était déjà plus le « Tout » classique", DD, p. 20.

"L'Orient, le vieil Orient, se préoccupe de savoir comment retourner à l'océan ou, du moins, de trouver à cela un substitut quelconque : conscience cosmique, nirvana", VVE, p. 195.

 

Commentaires

"White dit avoir emprunté cette appellation au premier biographe de Whitman, Richard Bucke auteur de Cosmic Consciousness, a Study in the Evolution of the Human Mind, édité par Richard M. Bucke, Innes and Sons, Philadelphie, 1905, traduction française de M. A. Dionne, éditions du IIIème Millénaire, 1989, La Conscience Cosmique, une étude sur l'évolution de la conscience humaine", KW, p. 230. Dans une interview, l’auteur précise : "Dans ce même village [n.b. : Fairlie, village d'enfance de White], vivait à l'époque un vieux naturaliste, grand admirateur de Thoreau […]. C'est chez lui que j'ai trouvé certains livres sacrés de l'Inde, parmi lesquels la Bhagavad Gîta. Ce vieil homme était non seulement un Thoreauvien, mais aussi un ami de Gandhi qui, entre parenthèses, lui enviait la simplicité de son régime. Il me prêtait aussi des livres spiritualistes et orientalisants : In Tune with the Infinite, d'un nommé Trine, Cosmic Consciousness, de Richard Bucke qui était un disciple de Whitman, The Light of Asia, d’Edwin Arnold…", Filigrane 2, p. 107.

 

Cheminement critique

"La psyché celte est multiple, contradictoire et ouverte sur le cosmos. Il ne s'agit évidemment pas de métempsychose mais de ce que White appelle « conscience cosmique », et qu'après Ferenczi il évoque comme un « sentiment océanique » qui est à ses yeux caractéristique du tempérament celte. Mais dont il précise qu'elle est au cœur d'autres grandes cultures planétaires", Michèle DUCLOS, in HKW, p. 20. Michèle DUCLOS note ailleurs que la conscience cosmique est parfois chez White "baptisée « blanche » ou « nomade »", KW, p. 230.

 

 

Corps-Esprit

 

Définitions

 

"Ce qui, entre autres, distingue la pensée poétique de la philosophie, c'est qu'il s'agit d'une vision fraîche de la vie plutôt que d'une spéculation sur la vie, et qu'elle provient, non de l'esprit seul (qui peut inventer n'importe quoi), mais du corps et de l'esprit, ou, disons mieux, du corps-esprit : on n'y fait pas abstraction du contact, de la connexion, on n'y fait pas l'économie d'une certaine vivacité existentielle", CC, p. 29.

 

"Donc, disons que la géopoétique commence avec un corps en mouvement dans un espace. Mais l'activité du corps-esprit est complexe et son activité optimale, maximale, dépend de tout un concours de facteurs : la nourriture que l'on absorbe, l'air que l'on respire, l'espace dans lequel on évolue, le genre de mouvement que l'on pratique, la façon de penser. Tout au long de mon itinéraire, j'ai essayé de trouver les meilleures conditions, la meilleure action, sur tous ces plans", LCGT, p. 84-85.

 

voir Aire la plus difficile

 

Principales occurrences

A, p. 179 ; AE, p. 28 ; CC, p. 29 ; D, p. 9 ; Ec Br, p. 82 ; FD, p. 86, p. 113 ; FI, p. 60 ; LI, p. 144 ; LCGT, p. 82, p. 84-85 ; M, p. 113 ; MM, p. 98 ; PA, p. 113, p. 194 ; PC, p. 31, p. 35, p. 143 ; RTLA, p. 34 ; SP, p. 29 ; VVE, p. 44 ; In'hui p. 4-5 ; B. Levy et A. Gillet (Dir.), Marche et paysage, p. 254 ;Lisières, p. 29

 

Citations

"J'ai parlé de n'être rien : il est une densité qui permet à celui qui en est porteur de se passer d'identité - son être est un idéogramme. Cela signifie peut-être que j'ai placé mon identité à une telle profondeur que ce que l'on nomme réalité me semble, pour sa plus grande part, tout à fait irréel, pur spectacle. Ce qui me fascine, c'est un corps-esprit éclatant dans la lumière, ou la lumière inondant un corps-esprit", VVE, p. 44.

"Toute vérité à la fin / contenue dans le corps / dans le corps-esprit / os verbe image chair / « l’accent vrai du cœur »", M, p. 113.

"Essayons donc d'entrer maintenant, corps-esprit, en géopoétique*", LCGT, p. 84.

"Dérives*… une fois quittées les rives de notre culture, l'existence n'a plus d'amarres. Dérives du corps-esprit, vers... quoi ?", incipit de D, p. 9.

"Et je pensais à la logique de l'itinéraire rimbaldien, à la géologie, à la géographie d'un corps-esprit", AE, p. 28.

"Le questionnement d'Atlan, qui va devenir quête mystique, puis danse du corps-esprit parmi les formes et les couleurs…", ATLAN, Catalogue raisonné, Gallimard, 1996, p. 57.

 

Commentaires

Dans un essai consacré aux Grands Sites de France, intitulé Voir Grand, White paraphrase John Muir, fondateur des parcs nationaux américains : « De plus en plus, disait-il en parlant publiquement de cette expérience, les esprits (corps-esprits) fatigués, usés, apathiques, sur-civilisés, auraient besoin de se ressourcer, de se re-créer, et pour cela il fallait réserver des espaces naturels, car ce n’est que dans la nature que l’on renaît », Voir Grand, Panorama des grands sites, en collaboration avec Jacques Maigne, Actes Sud, Réseau des Grands Sites de France, 2007, p. 67.

 

Cheminement critique

"Devenu « corps-esprit », le poète échappe à l'aporie de la métaphysique. C'est de ce « corps-esprit » qu'il s'agit de communiquer les sensations dans toute leur vivacité sans recourir aux procédés rhétoriques ou descriptifs habituels qui en bloquent l'intensité", Michèle DUCLOS, KW, p. 231.

Sur les rapports du corps et de l'esprit en géopoétique cf. LCGT, p. 82-87. Voir aussi Pierre JAMET, LGOKW, p. 316-320.

 

 

Cosmo-comédie

 

Définitions

 

Néologisme.

 

Vision et approche joviales, décomplexées et jouissives de l'Univers : "L’autre jour un étudiant d’origine juive me parlait de quelque chose qui s’appelle, chez les rabbins talmudistes, un pilpil. Lorsque les rabbins discutent du Talmud, quand il y a une vraie discussion, quand ça s’échauffe, il paraît que les anges eux-mêmes se penchent aux fenêtres du ciel afin d’en capter quelques bribes – parce qu’ils n’ont pas ce plaisir. Alors ce soir je voudrais qu'il y ait un peu de cet aspect de pilpil ou, pour changer de culture et de civilisation, un aspect de Bosquet des bambous chez les taoïstes chinois, et qu'il y ait un rire dans l'air, un rire que j'appellerai un rire blanc, le rire blanc de la cosmo-comédie. Ne pourrait-on pas envisager la création d'une série de séminaires du gai savoir ?", Goéland, Atlantique Nord, n°1, Printemps 2003, p. 11.

 

"Ma poésie est ce territoire blanc : une Finlande… ou un Himalaya. Disons pour laisser tomber les métaphores : une atopie*. On y est sans illusion, sans espoir, mais on y rit beaucoup. C’est le gai savoir surnihiliste*, la cosmo-comédie », PC, p. 71.

 

voir Celtaoïste, Cosmopoétique

 

Principales occurrences

AMB, p. 31 ; AT, p. 93, p. 157, p. 200 ; FD, p. 19 ; M, p. 95 ; PC, p. 71, p. 143 ; Goéland, Atlantique Nord, n°1, Printemps 2003, p. 11

Citations

"Ne peut-on envisager de sortir du tragique existentiel - vers, disons, une cosmo-comédie ?", AT, p. 93.

"De métropole de la mort dans Gens de Dublin, de labyrinthe dans le Portrait de l'artiste, d'espace océanique dans Ulysse, Dublin, ici dans Finnegans Wake, devient cosmos, un cosmos hilare, une énorme cosmo-comédie", AT, p. 157.

"C'est en riant qu'il faut aborder les maîtres, car les maîtres du Tao sont les maîtres du rire. Rien, ici, de l'esprit de lourdeur, nous sommes en pleine cosmo-comédie", AT, p. 200.

"Mais les résistances sont fortes (résistances psycho-sociales) et les caricatures de la pensée que j'essaie de propager nombreuses. Ça ne va pas tout seul. Mais je n'ai rien d'un missionnaire (il y a trop de rire en moi pour ça, un sens de la cosmo-comédie), alors je ne m'en fais pas trop. Je dirais même que je m’en moque. J’ai un fond d’indifférence absolue auquel je reviens de temps en temps", PC, p. 143.

 

Commentaires

Dans son essai consacré à Hokusaï, White évoque le gai savoir du maître japonais : "Cela fait, en effet, encore un bel album. Et si l'on n’y apprend pas à danser, on y apprend autre chose, comme toujours chez « le vieux fou de dessin », l'esprit des choses - l'esprit de la comédie cosmique", H, p. 79.

Dans Le Rôdeur des Confins, l’auteur qualifie Kierkegaard de "comédien cosmique" (RC, p. 29) et son propre grand-père de "cosmo-comédien" dans La Carte de Guido (CG, p. 11).

 

Cheminement critique

"Dans la cosmo-comédie de la blancheur qui se joue entre le poète et la nature intervient un troisième acteur, le langage, qui ouvre un vécu individuel sur le collectif, fait du poète qui en porte l'appellation archaïque, première, le messager chamanique par « la coïncidence du nom » (FD, p. 21)", Michèle DUCLOS, KW, p. 38.

 

 

Cosmoculture

 

Définition

 

Néologisme

 

"« A quoi bon être poète en un temps de manque ? » se demandait Hölderlin en Allemagne […] Je ne vois que deux réponses possibles : pour maintenir une certaine affirmation personnelle face à tout le gâchis, et pour garder vivant un archipel * de vie et de pensée au milieu de la platitude générale, en attendant peut-être, de transformer celle-ci. Ça commence par le désir de sortir d'une sclérose et de tout le poids de la médiocratisation*, ça passe par des dérives*, ça débouche sur des définitions inédites, et ça finit par un nouveau « chez soi » dans l'univers, avec des colorations locales certes (on vit toujours selon des modalités – françaises par exemple), mais sans bêtise bornée. C'est ça que j'appelle cosmoculture. Ce travail est en train de se faire aujourd’hui en France, d’une manière peut-être encore souterraine, mais sûrement", SP, p. 165.

 

voir Champ du grand travail, Conscience cosmique, Cosmopoetique, Géopoétique, Philocosmisme

 

Principales occurrences

EGC, p. 15 ; PC, p. 158 ; SP, p. 165


Citations

"Tournons les pages de la littérature mondiale* (la Weltliteratur de Goethe), ouvrons le volume clos de la cosmoculture", EGC, p. 15.

"L'écologie serait peut-être une étape vers la cosmoculture", PC, p. 158.

 

Commentaires

Dans le vocabulaire de l’auteur, la notion de cosmoculture est à classer parmi les nombreuses notions qui préfigurent la géopoétique*.

 

 

 

Cosmographie

 

Définition

 

Littéralement, écriture du cosmos (du grec).

 

"Quant à ce que j'appelle « cosmographie », Artaud la trouve et dans la peinture et dans le théâtre oriental où il constate une valeur expansive ; par opposition au théâtre occidental, avec son monde clos, le théâtre oriental est réconcilié à l'univers, il « participe à la poésie intense de la nature » et « conserve ses relations magiques avec tous les degrés objectifs du magnétisme universel »", MAA, p. 86 [les citations entre guillemets sont d'Antonin Artaud].

 

voir Biocosmographie, Cosmoculture, Philocosmisme, Psychocosmogramme

 

Principales occurrences

Atlan, Catalogue raisonné, Gallimard, 1996, p. 37 ; MAA, p. 86 ; MOKW, p. 27 ; RS, p. 7 ; RTLA, p. 4 ;VDV, p. 33


Citations

"A la fois limite et ouverture, aire de résistance et de dissipation, ligne définissante et invitation au vide, la côte est sans doute le lieu par excellence d'une poétique de l'énergie, d'une cosmographie en action, d'une méditation mouvante", RS, p. 7.

"Peut-être suis-je plus intéressé que Montaigne par une « cosmographie » (mais dans laquelle entre beaucoup de bio-graphie, beaucoup d'auto-poétique). Peut-être suis-je plus intéressé par les phénomènes qui se manifestent autour du « moi », et par la continuation des dérives* de l’esprit au-delà du contexte humaniste", MOKW, p. 27.

" [...] Toute biographie d'artiste se doit d'être une biocosmopoétique*, toute critique d'art une cosmographie*", ATLAN, Catalogue raisonné, Gallimard, 1996, p. 37.

"S'il a toutes les allures d'une monographie, ce livre est en fait une cosmographie. Pendant une grande partie de son cheminement, tout en indiquant l’œuvre en permanence, il n’en parle pas directement. Il ouvre un contexte dans lequel l’œuvre se situe, et attire sur elle l’attention du lecteur devenue au fur et à mesure de la lecture, de plus en plus « atlantique* »", RTLA, p. 4.

 

Commentaires

White a apporté la précision suivante concernant le sens du terme cosmographe :

"Ici, la cosmopoétique* devient plus précisément géopoétique* (les deux « voies et voix » ne sont évidemment pas séparables - n'oublions pas qu'au XVIème siècle « cosmographe » signifie « géographe », et si je dis « géopoétique » plutôt que « cosmopoétique », c'est pour indiquer que le cheminement a lieu dans l'espace terrestre plutôt que dans l'espace lunaire ou martien, mais on peut évidemment marcher sur un chemin terrestre avec un « esprit cosmique) »", PA, p. 35.

Un recueil d'entretiens paru aux Presses Universitaires de Bordeaux s'intitule d’ailleurs : Le Poète cosmographe (PUB, 1987).

 

 

 

Cosmopoétique,

Cosmopoème,

Cosmopoéticien

 

Définitions

 

Néologisme (du grec).

 

La cosmopoétique établit un nouveau rapport au monde, à l'univers : "C'est de ces retrouvailles du dedans et du dehors (corps et cosmos, pensée et planète) que naîtrait la cosmopoétique", MAA, p. 161.

 

Cosmo-poème (à propos d’un ouvrage de Victor Segalen) : "Si Les Immémoriaux est un roman ethnologique, c'est aussi un grand opéra - crépuscule des dieux polynésiens, chant du cygne d'une culture - et, au-delà aussi de cela, c'est un cosmo-poème qui, tout en offrant un spectacle complet des hommes et des choses, pousse les choses et les êtres jusque dans leur principe", FE, p. 20.

 

voir Biocosmopoétique, Cosmographie, Géopoétique, Mahamudra, Paysage Mental


 

Principales occurrences

AE, p. 13, p. 195 ; AL, p. 21 ; AT, p. 14, p. 42 ; C, p. 25-26 ; Ec Br, p. 88 ; EN p. 17, p. 46, p. 69, p. 133, p. 159, p. 168, p. 252 ; FE, p. 20 ; H, p.12, p. 68, p. 92 ; LCGT, p. 80 ; LM, p. 51 ; LP, p. 28, p. 135 ; MAA, p. 100, p. 153, p. 161 ; MM, p. 67 ; PA, p. 15, p. 35, p. 99, p. 219, p. 288, p. 362 ; PC, p. 183, p. 194 ; RS, p. 263, p. 269-291 ; SP, p. 15, p. 158, p. 161, p. 230, p. 252 ; ALH, p. 123, p. 141, p. 215, p. 250 ; VDV, p. 123




Citations

"Mais il me semblait qu'il y avait un « testament » plus ancien encore : celui que j'allais, avec le temps et après avoir élaboré un vocabulaire à mon usage, appeler « cosmopoétique »", SP, p. 158.

"Il nous semble tout aussi sûr que, quelle que soit notre attirance, quels que soient le profit et le plaisir que nous puissions avoir à les étudier, certains moments de haute culture cosmopoétique qui ont eu lieu de par le monde ne soient vivables pour nous que sous la forme d'imitations et de mises en scène factices", EN, p. 69.

A propos de l’œuvre de Powys : "Mais avant de voir la manière dont ce drame [...] trouve sa résolution dans une sorte de cosmodanse ou de cosmopoème, il nous faut examiner les deux couches qui recouvrent la conscience nue du moi…", EN, p. 168.

"On pourrait dire que si l'homme est, comme le disait Aristote, un animal politique, il est aussi, et sans doute avant tout, un animal cosmopoétique", Préface, Nicolaï KANTCHEV, Comme un grain de Sénevé, Actes Sud, 1987, p. 8.

"Peu d'artistes / de poètes, de penseurs / de quelque envergure / peuvent se passer du vocabulaire cosmopoétique", RS, p. 279.

 

Commentaires

Dans Le Testament du littoral (Les Rives du Silence), White évoque le fait d'avoir retrouvé le mot « cosmopoétique » chez Képler et approfondit le sens que prend pour lui cette notion. C'est la figure d'un autre grand astronome qu'il convoque ailleurs en affirmant avec humour être "le Newton de la Cosmopoétique" (PC, p. 183). Ce contexte est à l'origine peut-être du poème extrait du même recueil et qui a pour titre Tractatus Cosmo-poeticus (RS, p. 213).

Le terme est également le titre d'un chapitre de L’Esprit nomade (p. 180) et est présent dans le sous-titre de l'essai consacré à Artaud : "Pour une culture cosmopoétique". On le trouve cité dans le Texte inaugural* de l'Institut international de géopoétique*.

Dans l'essai qu'il consacre à la géopoétique, l’auteur distingue les deux notions : "Ici, la cosmopoétique* devient plus précisément géopoétique* (les deux « voies et voix » ne sont évidemment pas séparables […]", PA, p. 35.

 

Cheminement critique

Jean-Jacques WUNENBURGER, Le désert et l'imagination cosmopoétique, in Géographie de la culture - espace, existence, expression, Colloque de Nîmes, octobre 1991, p. 37-43 ; Claude FINTZ, Le monde blanc* de Kenneth White, ou la quête d'une identité cosmopoétique, Passerelles, n°7, 1993.

 

 

Culturanalyse,

Culture-analyse

 

Définition

 

Néologisme (du latin, cultura, « culture » au sens agricole, et analyser, du grec analuō, démêler, enquêter).

 

Analyse culturelle radicale et profonde : "Les temps sont peut-être mûrs à la fois pour une analyse culturelle radicale (une « culturanalyse » comme on dit « psychanalyse ») et pour une revivification, une nouvelle inspiration", SP, p. 236.

 

voir Champ du grand travail

 

Principales occurrences

CGP, p. 12 ; EB, p. 92 ; EN, p. 28 ; LM, p. 19 ; MAA, p. 165 ; PC, p. 104, p. 166 ; SP, p. 204, p. 236 ; Incisions III, p. 71 ; Voir Grand, Panorama des grands sites, en collaboration avec Jacques Maigne, Actes Sud, Réseau des Grands Sites de France, 2007, p. 77


Citations

"Tandis qu'officiellement et en surface / j'enseignais les « langue et littérature anglaises » / je me plongeai en réalité / dans la culture-analyse / et la question de l'expression", LM, p. 19.

"J'aurai sans doute besoin d'y revenir, d'ailleurs, je veux dire sur ma naissance écossaise. Cultureanalyse... Un peu comme Joyce avec l'Irlande", PC, p. 104.

"Si on savait tout ce qu'il y a dans nos « natures », on rirait de nos « papiers d'identité » ! Et le discours national... Si on quitte les boulevards définis et si l'on suit les courants souterrains, le paysage devient nettement plus intéressant. Cultureanalyse, relativité culturelle...", Incisions III, p. 71.

"Je me dis parfois, certains soirs dans mon ermitage des brumes, qu'une Asie ressaisie, ressourcée, alliée à une Europe qui aurait surmonté son histoire et fait sa culturanalyse, pourrait être le point de départ d'un vrai nouveau monde", EB, p. 92.

 

Commentaires

Le devancier capital est encore une fois Nietzsche : "Nietzsche entreprend une culturanalyse profonde de l'Occident, prévoyant la suite de crises que nous avons connue, et dont nous ne sommes pas sortis", SP, p. 204.

Notons qu'Edgar Morin a utilisé le terme dès la fin des années 60 dans un sens sociologique. White l’utilise dans un sens poétique et fondamental (cf. Edgar Morin, De la cultureanalyse à la politique culturelle, Communications, n° 14, 1969, p. 5-38).

 

Cheminement critique

"Pour dépasser la métaphysique et la logique dualistes, White se réfère au sociologue allemand Frobenius qui, dès 1940 dans son ouvrage Le Destin des civilisations, prédit la sortie de la modernité métaphysique par un dépassement (et White le suit sur ce terrain), « du réalisme anglais, du matérialisme américain et du rationalisme français » qui trament la pensée scientifique et philosophique occidentale moderne. Ce dépassement se manifeste par des « frémissements » que Frobenius explicite aussi comme une « intuition directe ». Frobenius parle de « paideuma » là où White forge le terme « culturanalyse » (EN, p. 44 et 50)", Michèle DUCLOS, KW, p. 227. Voir aussi : Christophe RONCATO, KWOM, p. 48

Dérive

 

 

Définition

 

Dans un entretien accordé à la revue Cosmose, White définit la dérive comme "étymologiquement, quitter une rive, tout bêtement. C'est ce mouvement d'une culture à l'autre dont je parlais tout à l'heure. Je crois qu'il y a plusieurs rives à quitter, il n’y en a pas qu’une. Il y a une certaine rive socio-politique à quitter pour trouver peut-être un autre espace social, socio-existentiel, je ne sais pas trop encore… Il y a une rive philosophique à quitter, il y a toute une tradition de la philosophie depuis Platon, et là une certaine dérive vers une pensée orientale peut faire remuer des choses, peut faire redécouvrir, enfin, découvrir, un autre espace. Donc, quitter des cultures, quitter des définitions, c'est ça dériver", Cosmose, p. 76.

 

voir Psychogéographie

 

 

Principales occurrences

AT, p. 9, p. 198 ; D, p. 9, p. 151, p. 186, p. 204 ; DD, p. 26, p. 54 ; EN, p. 17, p. 34-40 ; FD, p. 121, p. 186 ; LP, p. 36, p. 71 ; MOKW, p. 27 ; PA, p. 230, p. 239, p. 245 ; PC, p. 23 ; RC, p. 10, p. 314 ; SP, p. 165, p. 218 ; VVE, p. 17 ; Cosmose, p. 76


Citations

"Dériver, c'est quitter une rive, c'est, potentiellement, avoir quitté toutes les rives (quitte à les ré-aborder toutes, mais de manière dégagée)", FD, p. 121.

"Dans la dérive anarcho-nihiliste et cosmo-poétique* qui suit, le lecteur trouvera quelque chose comme un réseau d'affinités électives", incipit de l'EN, p. 17.

"Dérives… une fois quittées les rives de notre culture, l'existence n'a plus d'amarres. Dérives du corps-esprit*, vers... quoi ?", incipit de D, p. 9.

"Quand Cendrars dresse le programme des Hommes nouveaux, les premiers mots sont « grandeurs, espaces, mouvements ». Après l'élan premier vient une dérive, et au cours de la dérive se découvrent les éléments d'une rhétorique", PA, p. 245.

"C'est la géologie et la topologie, la géographie et la cartographie de cette atopie* que je développe, de manière poético-philosophique et dromo-erratique (dérivante) dans mes livres, y voyant le seul moyen de faire de notre monde enfermé dans ses contradictions et ses controverses, un monde ouvert*", DD, p. 54.

 

Commentaires

Sur la notion de dérive voir le chapitre de L'Esprit Nomade : De la dialectique à la dérive, p. 34-40.

 

Dérives, c'est également le titre d'un livre paru aux Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau en 1978 : "Voici venu le temps de la grande dérive tranquille, et l'ère de l'aurore boréale", p. 151.

 

Cheminement critique

Voir Michèle DUCLOS, KW, p. 126-129.

 



Désencombrer,

Désencombrement

 

 

Définitions

 

Dès 1964, dans Jargon Paper 1 (cf, Jargon Group*), White évoque le désencombrement en s'inspirant d'une certaine école zen* : "Le but est de mener l'adepte vers cette expérience ; de réorienter complètement sa pensée […]; de désencombrer son esprit, qui est confusion d'images, d'idées, de théories, d'émotions et de paroles - le « réalisme » par exemple du Waste Land d'Eliot ; mais cela n'est pas la réalité. La seule expression intéressante est l'expression radicale de l'homme-dans-le-monde, l'homme-dans-le-cosmos", SP, p. 24.

 

"Cela dit, j'ai de l'angoisse malgré les apparences... Mais j'en ai eu beaucoup plus autrefois et j'ai fait ce qu'il fallait pour la réduire. J'essaie d'aller de l'avant, le plus tranquillement possible, et d'une manière de moins en moins encombrée...", Rivages, p. 20.

 

 

voir Aire la plus difficile, Atopie, Zen

 

 

Principales occurrences

CC, p. 39 ; EN, p. 284 ; ETC, p. 71 ; FD, p. 146 ; LI, p. 168 ; LP, p. 39, p. 70 ; PA, p. 206, p. 226 ; PC, p. 42, p. 59, p. 101 ; SP, p. 24 ; CG, Géopoétique et Arts plastiques, p. 18 ; Cosmose n°10/11, p. 72, p. 79 ; Incisions III, p. 63, Latitudes n°6, p. 8 ; B. Levy et A. Gillet (Dir.), Marche et paysage, p. 244 ; Rivages, p. 20



Citations

"J'affirme une santé, la possibilité d'une santé liée à une capacité de se mouvoir, désencombré, dans l'espace atopique*, capacité qui ne peut venir que de l'acquisition d'une autre pensée, d'une autre manière d'être", FD, p. 146.

"Il y a des poèmes d'ermites celtes, on dirait qu'ils voient le monde avec des yeux lavés. C'est assez merveilleux, et on ne trouve cette vision pure, ce désencombrement de l'esprit que dans la poésie extrême-orientale", Cosmose, p. 79.

"Mais je dois dire tout de suite ma reconnaissance à l'Orient, car c'est la lecture de certains textes orientaux qui m'a confirmé dans mes intuitions et mes premières approches - intuitions qui avaient du mal à se frayer un passage, parce que la culture occidentale moderne avait pris un tout autre chemin et était arrivée à des impasses. Ces textes m'ont aidé à m'ouvrir une voie et, peut-être, à mieux voir. Ils m'ont aidé à me désencombrer", Incisions III, p. 63.

"Le besoin se fait sentir alors d'un désencombrement, d'une économie nouvelle, d'une nouvelle théorisation, ce qui peut impliquer des sauts spéculatifs et des explorations... extravagantes*", Latitudes n°6, p. 8.

 

Commentaires

White a souvent signalé que la pensée des limites se rejoignait en Orient et en Occident. Nous en avons une confirmation en retrouvant le concept dans la pensée mystique de Maître Eckhart: "Il s'agit donc d'atteindre au « moi essentiel », ce wesenlich wesen (être essentiel) dont parle Maître Eckhart. Pour Eckhart, atteindre à cet « être essentiel », c'est aller au-delà de Dieu, au-delà du concept de Dieu, devenir ledig, désencombré", FD, p. 210.

 

Cheminement critique

"Devenir poète pour Kenneth White (« C'est une grande tâche que de devenir un poète. Ce que les poéticules ne comprendront jamais », ETC, p. 64), ce serait donc, avant toute chose, mener une certaine existence : une existence naturelle, désencombrée. « Souvenez-vous, écrit-il, que, là où la vie est inencombrée, la poésie est naturelle, comme pour les Arabes du désert », ETC, p. 71", Anne BINEAU, HKW, p. 48.

 

Voir aussi : Christophe RONCATO, L’atopie ou le processus de désencombrement, Études écossaises, ELLUG, n°11, 2008 ; Michèle DUCLOS, KW, p. 232 ; MOKW, p. 50 (thèmes du déconditionnement, de la déconstruction).

Enorme,

Enormiste

 

 

Définition

 

"Ce qui caractérise mon travail, c’est qu’il procède par cercles concentriques. Il y a le cercle de la pensée (les essais), le cercle de l’expérience vécue le long d’itinéraires (les livres de prose) et le cercle des poèmes proprement dits. De plus, ces cercles sont en perpétuelle évolution et influent l’un sur l’autre. On ne comprend pas ce qui est en jeu si on n’essaie pas de rentrer dans le mouvement total de l'œuvre. Ce qui est en jeu est énorme. Ce qui veut dire à la fois immense et hors normes", LP, p. 119.

 

 

voir Extravagant, Scotus Vagans

 

Principales occurrences

AT, p. 34 ; LP, p. 119 ; PC, p. 118, p. 175 ; Latitudes n°6, p. 18 ; Triade, N°2, 1996

 

Citations

"La poésie veut quelque chose d'énorme disait Diderot (c'est mon côté encyclopédique). Travailler énormément, c'est essayer de sortir des normes, afin de vivre plus. Ça se situe à la fois dans le domaine du savoir, où j'essaie d'opérer des synthèses inédites, et dans le domaine de la psychologie, où j'essaie de me déconditionner, afin d'arriver à une vision claire du monde", PC, p. 118.

"Une partie de mon travail, c'est de créer, de participer à la création d'autres normes. Travail é-norme", PC, p. 175.

"Il me semble […] qu'il y a toujours eu dans la mentalité écossaise, dans la littérature écossaise, quelque chose d'extravagant* […]. Il y a les errants. Il y a aussi le substratum écossais, ceux que j'aime appeler les énormistes" […]. Si les extravagants sont mes frères, les "énormistes" sont mes cousins", Dans le sillage de Kentigern, Université de Bretagne occidentale, Triade, N°2, 1996.

 

Cheminement critique

"Il applique fréquemment ces termes à des écrivains d'origine celte ou à des héros de fictions écossaises (ainsi du romancier Smollett et de ses personnages). Les créateurs celtes favoris du poète sont plus ou moins des hors norme, "é-normes", parce qu'il sont des forces de la nature et de la culture, qu'il s'agisse d'un Urquhart de Cromarty surtraducteur de Rabelais, plus rabelaisien que son modèle, d'un Byron (« à demi écossais de naissance, entièrement écossais par l'éducation »), d'un Carlyle qui fut avec Coleridge le passeur du romantisme allemand en direction des transcendantalistes américains ou d'auteurs contemporains tels que l'Irlandais Yeats, le Gallois John Cowper Powys, l'Ecossais Hugh MacDiarmid ; mais aussi d'un personnage aussi polyvalent que le naturaliste et sociologue Patrick Geddes qui a étudié à Roscoff et enseigné simultanément ou presque en Inde et à Edimbourg avant de fonder à la fin des années 20 un Collège des Ecossais à Montpellier. Ce sont tous des « polymathes », des penseurs pluridisciplinaires, voire transdisciplinaires, de grands érudits et des innovateurs dans tous les domaines de la culture. Extravagant, énormiste. Sans rupture de sens, White passe de « énorme » à « é-norme », hors de la norme ou des normes. Il s’agit toujours d’ « extra-vaguer », c’est à dire de sortir des espaces mentaux reçus dans notre culture comme normaux et conformes ", Michèle DUCLOS, HKW, p. 17.

 



Erotocosmologie,

Erotocosmologique

 

 

Définition

 

Néologisme (du grec).

 

"Cela m'est arrivé de parler d'un rapport entre "eros, logos et cosmos", et même, plus grotesque, d'érotocosmologie, qui serait la tentative de suivre les courbes du monde, de penser la sinuosité des choses, la fluidité de l'univers, du multivers*", Goéland poésie, n°1, 2003, p. 15.

 

 

voir Chaosmos, Logique érotique

 

 

Principales occurrences

EN, p. 252 ; FD, p. 50 ; LAH, p. 30 ; LGOKW, p. 503 ; LM, p. 53 ; PAN, p. 191 ; RB, p. 93 ; RS, p. 265 ; RTLA, p. 64 ; SP, p. 199 ; postface à l’ouvrage  : Gilles Farcet, Henry Thoreau, l'éveillé du Nouveau Monde, Sang de la terre, 1986, p. 305 ; Autre Sud, n°45, Juin 2009, p. 34 ; CG, n°6, p. 83 ; Goéland poésie, n°1, 2003, p. 15 ; In'hui, p. 10



Citations

"Que l'eros fasse partie du voyage, c'est certain. Mais à l'eros s'ajoute le logos, et le logos s'ouvre sur le cosmos. En un mot - un mot de taille ! - le voyage entier est érotocosmologique…", SP, p. 199.

"Avec un humour peut-être similaire / je me suis appelé / à différentes époques et dans des contextes divers / Maître de Désagrégation au collège Archipélagique* / ou / Professeur d'Érotocosmologie à l'Académie des Goélands*", RS, p. 265.

 "A « eros » et « logos », j'ai par la suite, comme tu le sais, ajouté « cosmos ». Ces trois mots grecs me paraissent tout résumer. L'eros a peut-être quelque peu manqué à Thoreau... mais si peu qu'il me semble vraiment représenter une « érotologie cosmique ». Tu connais mon goût des mots extravagants* ! ", Postface à l’ouvrage  : Gilles FARCET, Henry Thoreau, l'éveillé du Nouveau Monde, Sang de la terre, 1986, p. 305.

"Il n'est pas question en effet de stocker de l'information au sujet du cosmos ou d'autre chose (« recherche ») mais d'effectuer une enformation à l'intérieur même du cosmos (poesis) l'unité finale constituant l'articulation eros-cosmos-logos", In'hui, p. 10.

 

Commentaires

Erotocosmologie : c'est également le titre d'un chapitre de L'Esprit Nomade (EN, p. 176).

 

L'auteur utilise ce terme avec facétie et une certaine extravagance : "Je déteste ces petits mots tels que « Dieu », « âme », et à un degré moindre « patrie » car ils ont fait beaucoup de mal. C'est la raison pour laquelle j'utilise des mots grotesques qui ne peuvent faire de mal à personne : "érotocosmologie", par exemple ! Voilà un mot inoffensif, mais qui peut faire rire, et c'est bien ainsi", Filigrane 2, p. 116.

Fondamentalement, ce qui est en jeu à travers cette notion c'est un véritable changement de paradigme : "Pourrait-on envisager un renouvellement d'eros, de logos, et de cosmos grâce à ce qu’un physicien et un philosophe des sciences, Ilya Prigogine et Isabelle Stengers (La Nouvelle alliance), utilisant une phrase sans se rendre tout à fait compte sans doute de sa portée possible, appellent « une écoute poétique de la nature » ?", EN, p. 67.

 

Cheminement critique

Frédéric DUFOURG, De l’homme unidimensionnel au cosmo-érotisme, MOKW, p. 139-145.

 

 

Espace du dehors

 

 

Définition

 

"Il y a donc un espace du dehors qui reste à trouver et à définir. Tant que nous n'y serons pas parvenus, nous irons vers un enfermement et une platitude grandissante, à l'intérieur de laquelle l'art ne sera qu'un reflet de la médiocrité. Cette complaisance à se montrer petit, étriqué, est aujourd'hui tout à fait évidente dans nombre de romans. Mon travail poétique fondamental consiste à découvrir cet espace du dehors ; et seuls peuvent, à mon avis, le faire, les poètes-penseurs-existentiels*", postface à l’ouvrage : Gilles FARCET, Henry Thoreau, l'éveillé du Nouveau Monde, Sang de la terre, 1986, p. 300.



voir Figure du Dehors, Monde ouvert, Paysage archaïque

 



Principales occurrences

Filigrane 2, p. 110 ; postface à l’ouvrage : Gilles Farcet, Henry Thoreau, l'éveillé du Nouveau Monde, Sang de la terre, 1986, p. 299 et 300

 

Citations

"J'aime, au contraire, que la perspective soit presque nihiliste. C'est la raison pour laquelle il m'a fallu peu à peu inventer mon propre vocabulaire afin de parler de cela. J'utiliserai donc des expressions telles que "espace du dehors", "surnihilisme"*...", Filigrane 2, p. 110.

"Toute société a besoin de figures du dehors*. Il y a une figure du dehors dans chaque vrai poète. Toutefois, la poésie dans son ensemble ne représente pas, malheureusement, un espace du dehors. Elle n’est, la plupart du temps, qu’une lamentation, l’expression personnelle de gens qui se sentent mal à l’intérieur, dans le dedans d’eux-mêmes", postface à l’ouvrage : Gilles FARCET, Henry Thoreau, l'éveillé du Nouveau Monde, Sang de la terre, 1986, p. 299.

 

Cheminement critique

« Le soi, la partie la plus cachée, vitale de la psyché, ne se perçoit qu’au dehors, et c’est à juste titre que l’on peut parler de « figure du dehors ». Le propre de la démarche géopoétique*, est de saisir dans l’univers des choses, du paysage, la matrice*, le contenant de notre fonctionnement psychique qui est représentable, entre autres, sous la forme du paysage archaïque*. Nous avons ainsi un renversement du fonctionnement psychique : ce qui est le plus à l’intérieur est inaccessible par le dedans, mais il est par contre représentable comme « figure du dehors », c’est-à-dire comme forme organisatrice de notre fonctionnement psychique », L’appel du Vide, Jack DORON, MOKW, p. 98.

Dans son approche psychothérapique, Jack DORON a recours à des représentations mentales sous forme de dessins symbolisant des cartographies de la psyché : « On peut dire ainsi que cet outil, qui est une des matrices de notre représentation de l’espace, se crée, d’un point de vue psychologique, dans une rupture de la connaissance corporelle de l’espace. C’est ce processus cognitif analogique qui va nous permettre, en utilisant un outil, de saisir de manière holistique un espace familier ou inconnu et d’élaborer une stratégie de déplacement ou d’appropriation. Dans la représentation que nous pouvons avoir du monde*, la carte* est une interface entre l’espace du dedans et celui du dehors », ibid., p. 111.

 

 

Euramérasie,

Euramérasiatique

 

 

Définition

 

Néologisme par contraction (mot-valise).

 

"Or, on sait que pendant que l'Occident vivait replié sur lui-même, dans tout le «  monde blanc* » du Nord, les communications ne se sont jamais interrompues : entre l'Amérique du Nord-Ouest et l'Asie du Nord-Est, par exemple. Il faut parler là en termes euramérasiatiques. Il se peut d'ailleurs que les Celtes aient été en contact avec cette culture sub-arctique, ce qui expliquerait les correspondances entre mythes amérindiens et mythes celtes, de même que les communications dans tout ce monde circumpolaire expliquent les affinités étonnantes entre poésie amérindienne, poésie esquimaude, poésie celte et poésie japonaise", PC, p. 23.

 

 

voir Celtaoïste, Champ blanc, Hyperboréen

 

 

Principales occurrences

FD, p. 129, p. 134, p. 139 ; MB, p. 78 ; LP, p. 25 ; PC, p. 23, p. 79, p. 117-118, p. 145, p. 195 ; PE, p. 247 ; RBL, p. 83 ; Fanal, p. 15 ; cosmose, n°10-11, printemps 1980, p. 19 ; In'hui, p. 5

 

Citations

"C'est pourquoi, il est de nouveau nécessaire de trouver un espace. Pour moi, il ne peut qu'être euramérasiatique. Et il ne s'agit plus seulement de la langue anglaise. La culture de demain sera mondiale ou ne sera pas" FD, p. 134.

"Mes images premières viennent de mon territoire* original, qui couvrait 5 km² à l'ouest de l'Ecosse. C'est en partant de là que je suis arrivé en Euramérasie [...] Grâce à un approfondissement, un espacement, mes 5 km² sont devenus l'Euramérasie. Rien d' « exotique », une expression naturelle", PC, p. 79.

"L'Euramérasie, c'est mon continent spirituel", PC, p. 195.

"A mon avis plusieurs régions peuvent contribuer, donner des matières, des énergies à cet espace... Une certaine Amérique, un certain Orient, des aspects cachés de l'Europe, toute une culture celte souterraine par exemple... Tout ça est lié dans mon esprit. J'essaie d'ouvrir un espace que j'appelle euramérasiatique : Europe, Amérique, Asie - parce qu'à la limite tout cela est lié. Si on va au nord-est de l’Europe, il y a un tout petit détroit à traverser pour arriver en Amérique. Si on va à l’ouest de l’Amérique on a le Japon. Tout est lié…", Fanal, p. 15.

 

Commentaires

Une carte de l'espace euramérasiatique se trouve reproduite dans la revue Cosmose consacrée à Kenneth White (n°10-11, printemps 1980, p. 19). Elle est reproduite également dans Le Monde blanc et White signale en note : "La carte de l'Euramérasie a été dressée par moi-même il y a des années", (MB, p. 78).

Voir aussi Errances en Euramérasie, Entretien avec Daniel Curtis, Revue Peuples et Continents, (repris dans PC, p. 51).

 

Cheminement critique

Michèle DUCLOS : "Ce n'est pas une civilisation qui l'intéresse, mais un monde*, qu'il s'agit d'atteindre à travers un plus vaste « continent » : l'Euramérasie" : « J'étais obsédé de l'idée de monde, de « nouveau monde ». Avec l'Amérique comme référence, mais seulement comme référence, aucunement comme modèle ou comme but. Je n'y voyais, sur le plan général, qu'un énorme échec, tout en m'intéressant à des surgissements d'énergies premières ici et là, (CG, n°4, p. 32)", KW, p. 145.

 

 

Extravagant,

Extravaguer

 

 

Définitions

 

"L'adjectif « extravagant » me trottait donc aussi dans la tête (du latin extra, et vagans, participe présent du verbe vagare, « errer »), et je l'ai retrouvé chez Thoreau, lequel était un excellent latiniste…", postface à l’ouvrage : Gilles FARCET, Henry Thoreau, l'éveillé du Nouveau Monde, Sang de la terre, 1986, p. 298.

 

"J'entends évidemment le mot « extravagant » dans son sens étymologique extravagare, « errer en dehors » - en dehors des cloisonnements théoriques et parfois d'un excès de technicité qui a tendance à se substituer à la pensée", Latitudes n °6, p. 8.

 

 

voir Scotus vagans

 

 

Principales occurrences

AT, p. 65, p. 128 ; AE, p. 134, p. 207 ; EB, p. 26 ; EN, p. 20, p. 39 ; p. 91 ; FD, p. 43, p. 48, p. 87, p. 132 ; LP, p. 32, p. 111 ; PA, p. 51, p. 200, p. 215, p. 233 ; PE, p. 41, p. 57 ; PC, p. 61, p. 93, p. 107, p. 117, p. 141, p. 148 ; SP, p. 154, p. 183, p. 187 ; FA, p. 34 ; VVE, p. 11 ; Goéland, Atlantique Nord, N°1, Printemps 2003, p. 11 ; Latitudes n°6, p. 8 ; postface à l’ouvrage : Gilles Farcet, Henry Thoreau, l'éveillé du Nouveau Monde, Sang de la terre, 1986, p. 298 ; Préface a Henry David Thoreau, Couleurs d’automne, Éditions Premières Pierres, 2001, p. 20



Citations

"A vie extravagante (en dehors des ornières) langage extravagant", Goéland, Atlantique Nord, N°1, Printemps 2003, p. 11.

"Il commence [Le poète lettré] à penser en termes de « logique érotique* », et à inventer des vocables extravagants tels que « chaoticisme* », « biocosmographie* »… ", PA, p. 51.

"J'ai même « traduit » Heidegger en haïkus. Peut-on extravaguer plus que cela ?", EB, p. 39.

"Pour cela, il faut extravaguer en dehors des enclos et des conventions littéraires, arriver à un autre contexte, à une conjonction inédite entre l'esprit, l'espace des phénomènes et l'écriture, tout en restant résolument « sur terre »", Préface à Thoreau, Couleurs d’automne, p. 20.

"Les transcendantalistes n'étaient pas des technologues de l'intelligence, ce furent des chercheurs, des chercheurs extravagants, qui cherchaient un nouvel espace de vie et de pensée, ainsi qu'un langage pour l'articuler", EN, p. 91.

"Le penseur extravagant occidental, comme l'écrivain-voyageur occidental (et ils peuvent se trouver réunis dans la même personne) finissent, s'ils vont jusqu'au bout de leur chemin, par voir eux aussi dans le Vide", FA, p. 34.

 

Commentaires

Dans un chapitre consacré à la vie et l'œuvre de Frédéric Le Play, White précise sa conception de l'extravagance : "aller rapidement d'un domaine à l'autre, ouvrir un éventail de possibilités, avancer des concepts fertiles, élargir les conceptions du monde*", SP, p. 183. Cette conception rejoint celle du maître du baroque, Eugénio d’Ors : "Nécessité de l'exil [...] oui, mais je dirais plutôt nécessité de l'extravagance. Ce qui nous ramène à Eugénio d'Ors qui dit que l'extravagance n'est pas un « simple libertinage », comme peuvent le penser des esprits « sérieux », mais « gravitation vers un centre différent ». J'aime beaucoup ce vocabulaire « cosmique » ! Nous en sommes sevrés depuis si longtemps", PC, p. 61.

Dans la revue Cosmose, l’auteur s'est même défini ainsi : "[...] et moi je m'appellerais un Ecossais extravagant !" (Cosmose, p. 74).

 

Cheminement critique

Gilles FARCET, L’individualiste cosmique et ses extra-vagances, Rivages, p. 47.

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