En 1961, lorsqu’il s’installe à Gourgounel et qu’il écrit son premier livre de prose, Kenneth White n’a pas encore en tête la notion, ni même la théorie ni le mot de géopoétique. Celui-ci lui viendra à l’esprit en 1979 lors d’un voyage au Labrador évoqué dans La Route bleue — qui lui vaudra son premier prix, le Médicis étranger en 1983. Le premier essai à mentionner très explicitement la géopoétique est Le Plateau de l’Albatros (1994).

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Résumé : Le parcours de Kenneth White, depuis un demi-siècle, se distingue par un retour à l’idée de monde et par un retour au monde. Pour cela, il a inventé et pratiqué le nomadisme intellectuel et la géopoétique. Il a puisé à diverses sources extérieures à la pensée européenne classique et souvent antérieures à la pensée grecque classique, effectuant un « retour amont » qui est un retour à l’expérience du monde. C’est le travail d’un cosmologue d’un genre nouveau.

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- X -
 
aujourd’hui
sédimente à peine
qu’on l’oublie pour
procrastiner
 
cécité sur la belle gemme
où nous aimons marcher nager
 
depuis cette aurore aux cils bleus
photosynthèse et chloroplastes
font de la vie ce qu’elle est
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Résumé : Depuis les débuts glasgowiens et parisiens la pratique de la ville a très souvent été, dans l’œuvre de Kenneth White, liée à l’Asie et, de façon moins attendue chez ce poète du dehors, aux mandalas. Des « marches thaumaturgiques » pratiquées à Glasgow aux déambulations mandaliques des Limbes incandescents, White intensifie sa pratique de la ville en faisant de la mise en mouvement du corps une exploration psychique. Puis est venue la découverte des villes asiatiques dans les années 1975-76 et 1984. Le nomadisme intellectuel de Kenneth White, inspiré des hautes rencontres de l’esprit initiées dès le XIXe siècle, ainsi que son usage de la pensée nietzschéenne laissent supposer un désencombrement des illusions véhiculées sur des villes comme Hong Kong, Macao, Taipei, Bangkok ou Tokyo qui possèdent presque toutes, en Occident, une représentation ancienne qui se retrouve parfois jusque dans la culture populaire. Nombreux sont ceux (artistes, écrivains, penseurs) à avoir projeté sur ces villes qui des préjugés d’époque, qui des fantasmes lointainement hérités. Or la pratique whitienne de ces villes, tout en s’inspirant du mandala, ne s’y réduit pas. Loin de toute acculturation, il fait prévaloir l’ouverture. Se libérant de l’encombrant bagage oriental idéologique et culturel, il a donné à ces explorations urbaines en Asie une dimension géopoétique. Des Limbes incandescents aux Cygnes sauvages en passant par Scènes d’un monde flottant et Le Visage du vent d’Est, le poète et pérégrin a fait d’un espace urbain a priori peu propice à la géopoétique un horizon atopique. La contribution toute particulière de l’Asie à cette émergence mérite d'être soulignée.

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