Régis POULET
Président de l’Institut international de géopoétique
Kenneth White est une des rares personnes qui ont changé le cours de ma vie.
La confiance et l’amitié qu’il m’a accordées dès notre première rencontre et qui n’ont fait que croître jusqu’à ses derniers moments me permettent de me battre depuis trois ans pour faire respecter ses volontés, qu’elles soient strictement testamentaires ou intellectuelles, contre tous les détournements et toutes les trahisons.
« L’Affaire Gwenved » — du nom de la maison que Kenneth White voulait transformer en résidence d’artistes et d’écrivains — cristallise bien des éléments sur lesquels je n’aurai pas le loisir de m’étendre aujourd’hui. Disons qu’il y va du respect d’une pensée exigeante, la géopoétique, et de son inventeur.
Cette exigence, je l’applique envers moi-même et souvent aussi envers les autres depuis 2013. Je n’ai pas l’intention d’en changer.
L’Institut international de géopoétique, qui existe depuis 1989, porte en lui les germes d’une transformation puissante du monde. Ce que nous avons appris de Kenneth White et de la géopoétique, c’est que dans n’importe quel lieu se joue notre rapport au monde et notre rapport aux autres. La sauvegarde de la maison des White est davantage qu’un geste de sauvegarde d’un patrimoine, c’est un geste pour sauver un lieu vivant de culture, pour qu’il puisse encore servir de foyer de culture.
Face au risque déclaré de vente de Gwenved, j’ai pris l’initiative, après discussion au sein de notre institution, de lancer une pétition pour empêcher la vente et faire advenir le projet de Maison d’artistes et d’écrivains, en passe d’être enterré sous les fleurs artificielles et les cérémonies. La ligne défendue est simple : respecter scrupuleusement les volontés clairement exprimées par Kenneth White. Largement entendue en France et à l’étranger (dans une cinquantaine de pays), elle suscite des résistances chez ceux qui, Kenneth White disparu, semblent avoir d’autres intérêts que la défense posthume des siens.